Enfants naturels d’écoconcernés patentés californiens, les « locavores » sont nés, en 2005, du côté de San Francisco. Signe particulier : ils « mangent local ». Cela a, peut-être, meilleur goût, mais là, on ne rigole pas : sus à l’empreinte carbone. Le « mangeur local » consommera donc uniquement des aliments produits à moins de cent soixante kilomètres de son domicile. Pas évident, quand on sait qu’aux Etats-Unis, la distance moyenne parcourue par une denrée – de la terre à l’assiette – atteint les deux mille quatre cents kilomètres ! Mais le mouvement des « locavores » suscite l’engouement, multiplie les adeptes outre-Atlantique et s’exporte aujourd’hui en Europe. Sonnerait-on le glas du riz thaï, des crevettes sud-africaines ou des ananas costaricains? Oui et non… On passera rapidement sur l’exception dite « Marco Polo » qui tolère sel, poivre ou épices : le « locavore » peut bien se permettre un petit péché de gourmandise exotique sans remettre en cause ce système vertueux.
Pas la peine d’être jusqu’au-boutiste…..
Bien souvent, c’est le café, le thé ou le chocolat (équitables, bien sûr) que le disciple ne peut se résoudre à bannir. « Il n’est pas nécessaire d’être jusqu’au-boutiste », rappelle Amaury de Baynast, cofondateur du site marchand Tousprimeurs.com, un intermédiaire online entre producteurs et consommateurs franciliens, qui livre des paniers bios à domicile. « Ne pas acheter local, alors que le produit pousse à côté de chez soi, c’est idiot. On doit se montrer responsable. En revanche, si j’ai envie d’une mangue, je ne vais pas m’en priver.» Le Français est-il vraiment prêt à respecter la saisonnalité des produits, donc à s’empiffrer de choux et de topinambours tout l’hiver? Peut-être, finalement. En témoigne le succès inattendu des Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), même dans les grandes villes. Le principe est simple comme la recette d’une tête de veau sauce gribiche
Les consommateurs se regroupent et s’associent à un producteur local qui, grâce à un système d’abonnement, leur fournit un panier composé par ses soins (une fois par semaine, le plus souvent). On compte déjà près de mille deux cents Amap en moins de dix ans. La France, nation dans laquelle on entretient amoureusement la notion de terroir, se prête bien au jeu. D’autant que les consommateurs restent follement épris de traça bilité des aliments et de labels de qualité. « Le hic, c’est que certains légumes font peur, les gens ne sachant pas comment les cuisiner. Il faut leur donner des recettes », explique Amaury de Baynast. « Ce n’est qu’une habitude à prendre, souligne Alexandre Lardeur,
ardent défenseur du manger local en région parisienne. C’est quand même mieux de consommer des produits sans pesticides et de meilleure qualité. » Et puis, les Amap ne se font que des amis. Les agriculteurs, par exemple, qui peuvent écouler
l’intégralité de leur marchandise en dégageant une marge décente (car sans intermédiaire). De quoi leur faire aimer le bio… Mais, comme tout mouvement, les « locavores » ont leurs détracteurs Argument massue : tourner le dos aux haricots verts du Kenya, c’est appauvrir un peu plus les paysans africains. Ce qui relance la sempiternelle question de l’assistance aux pays en développement. Contre argument : ceux-ci ne pourraient-ils remettre en place des cultures vivrières adaptées à leurs besoins si les Occidentaux cessent d’importer certains produits? Un débat qui animera les longues soirées potiron.